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Interview de Nolwenn Chauché

Peux-tu te présenter en quelques mots à notre communauté ?

 

Cela fait maintenant plus de 10 ans que je navigue en voilier dans les régions polaires et en particulier au Groenland. Au cours de ces voyages j’ai participé, réalisé et coordonné des missions scientifiques avec l’objectif de comprendre l’interaction des glaciers et des icebergs avec l’océan qui les bordent.

J’ai eu l’occasion, dans le cadre d’une thèse de doctorat, de passer 15 mois en baie d’Uummannaq sur la côte Ouest du Groenland, dont l’hiver avec le voilier intentionnellement pris dans la banquise ce qui m’a permit de mieux appréhender la culture Inuit.

De plus au cours de 4 dernier années au sein d’Access Arctic j’ai organisé et réalisé avec Pauline ma conjointe des croisières touristiques à la découverte des paysages, de la faune et de la flore ainsi que de la culture groenlandaise.

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Pourquoi avoir choisis le drone pour filmer tes expéditions au Groenland ?

 

Au Groenland les paysages y sont somptueux, souvent aériens avec des contrastes de couleurs peu fréquents. Au début lorsque je sortais mon appareil photo, j’étais souvent gêné car je n’arrivais pas à cadrer, même avec un grand angle, ces paysages si vastes. Ce que je voulais alors capturé ces ses images d’hélicoptère des documentaires tel Frozen Planet de la BBC avec des perspectives improbables qui font, entre autre, ressortir la vision turquoise de la quille immergée des icebergs.

Dans le cas de nos recherches scientifiques j’ai alors eu l’occasion d’utiliser des drones. Leur maniabilité, faible coût d’usage et la possibilité incroyable en terme d’image qui s’ouvrait à moi a été une révélation ! Depuis, je fais régulièrement des vols au dessus de notre voilier, de glaciers, d’icebergs ou de baleines ce qui permet à nos passagers d’avoir eu aussi une dimension supplémentaire à leur découverte du Groenland.

 

Peux-tu nous raconter ta première expérience de vol au Groenland ?

 

Ma première expérience de vol a été très émotionnelle. C’était avec un Bebop 1, en Juillet 2015. Après quelques tests de démarrage au dessus de la terre ferme, j’ai rapidement voulu aller survoler les icebergs de plusieurs centaines de mètres de large et de dizaine de mètre de haut qui s’accumulent à la sortie du fjord d’Ilulissat, classé au patrimoine mondiale de l’Unesco. Mon vol idéal : survoler notre voilier avec en toile de fond ces icebergs immenses et (presque) immobiles. Du fait de l’été polaire, j’avais choisit de faire cela vers 23h lorsque les lumières de “couché de soleil” été les plus photogéniques.

Nous amenons alors notre voilier au pied de ces géants. Je me prépare à décoller en me mettant sur la seule partie du bateau permettant un petit peu de place pour un “aéro-drone”. Au moindre contact des hélices avec un hauban (câble) du mât, les hélices du Bebop ce seraient arrêtées et le drone aurait fait un plouf majestueux. Au commande de mon Skycontroller, un petit peu nerveux, je fais alors décollé le Bebop et réussi à le mettre en vol stationnaire à quelques mètres du bateau, loin des câbles et autre cordage. Ouf ! Le plus dur et fait… Et là sans crier gare le drone se retourne et plonge tel une Sterne Arctique dans l’eau !? Plouf. Plus de drone !

Après plusieurs échange avec l’équipe de Parrot on en est arrivé à la conclusion que cela provenait d’un problème d’interférence entre le champs du pôle Nord magnétiques (qui est plus faible près du pôle que dans le reste du monde) avec celui produit par l’alternateur du moteur du bateau. Depuis nous avons trouvé nos astuces pour éviter cette situation et j’ai pu faire des dizaines de vol au dessus de l’eau en partant et atterrissant sur le bateau avec le Bebop 1 mais surtout le Bebop 2 encore plus stable et autonome. Au final j’ai pu faire cette prise de vue dont je rêvais avec en prime une baleine à bosse et son baleineau dans le cadre. Magique !

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Pourquoi avoir porté ton choix sur un drone Parrot Bebop 2 ? Quels sont selon toi ses principaux atouts ?

 

Mon choix du Parrot Bebop 2 vient de plusieurs paramètres. D’une part j’aime l’idée de pouvoir soutenir une entreprise française de la haute technologie.

Ensuite bien qu’il existe des versions très professionnelles du drone, je trouve que c’est parfois au détriment de l’essentiel. J’apprécie avec les drones Parrot l’effort apporté aussi bien à la facilité de prise en main du Bebop 2 et de son pilotage que la qualité de la stabilisation de l’image. Le tout avec un drone léger et peu encombrant à un prix abordable par le grand publique. Le mélange de simplicité, efficacité, à un prix abordable a été clairement une clé de choix pour moi.

 

A choisir, préfères-tu le pilotage manuel ou le vol automatisé ?

 

J’aime bien le vol tout automatisé avec le Flight Plan, que j’utilise souvent lorsque je suis en France pour faire de la cartographie de forêt ou de champs agricoles.

Au Groenland, cependant les icebergs ou baleines que je cherche à survoler ne sont pas représentés sur les images satellites du Flight Plan 😉 alors j’utilise le pilotage en manuel avec un Skycontroller, une tablette et le pare-soleil, ce qui m’aide à avoir de belle prises de vues avec des travellings uniforme et agréable à regarder.

J’apprécie toutefois beaucoup la fonction “return home” qui me permet lorsque le drone est un peu loin du voilier de rapidement y revenir avant de reprendre les commandes pour un atterrissage en douceur sur notre mini aéro-drone (1,5m x 1,5 m entouré de câble sauf sur un côté !). Cela demande un peu d’entrainement surtout vu que le bateau n’est jamais à 100% à l’arrêt.

 

Quels sont tes meilleurs souvenirs de vol avec le drone ?

 

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Mes meilleurs souvenirs de vol c’est probablement Pauline qui pourrait les deviner lorsqu’elle me voit les yeux pétillant sortir mon regard de la tablette ! Pour n’en citer que quelque uns, il y a le jour où nous venions de voir pour la première fois des baleines franches du Groenland (présentent seulement au printemps sur la côté Ouest du Groenland, ensuite elles partent vers le Canada pour l’été). La mer était parfaitement calme. Nous avions trois baleines à 200-300 m de nous, avec entre chacune 200 m. J’ai décollé pour aller en survoler une.

Alors que j’étais en rapprochement, celle-ci commence à plonger et je vois finalement sa queue sortir de l’eau magnifiquement au milieu du cadre. Super ! Il me reste encore au moins 15 minutes d’autonomie, et cette baleine-ci ne remontera pas avant plusieurs. Je décidé d’aller vers la seconde. Je cadre avec le voilier en arrière plan, et hop magnifiquement elle plonge parfaitement dans le cadre. Encore plus fous ! Encore 10 minutes de vols possible, alors je vais vers la troisième, je l’approche par l’arrière à quelques mètres au dessus de l’eau, et là en transparence, je vois son corps onduler, se courber et la queue sortir à quelques mètres du drone. Le plan parfait ! En moins de 10 minutes sur un seul vol j’avais fait trois magnifiques prises de vues d’une queue de baleine. Je ne l’aurais pas imaginé possible !

Un autre moment incroyable fut quand je partais à la survol d’un front glaciaire. Je voulais voir cette perspective unique lorsque l’on est à l’aplomb du front et que d’un côté on a 100-120 mètres de glace, de l’autre la mer avec les icebergs qui y flotte. Pour des raisons de sécurité nous avions gardé le bateau assez loin du glacier. Je vol donc plein gaz vers le glacier à presque 2 km de moi pour avoir un maximum de temps sur place pour y filmer. Et là en arrivant à proximité du glacier, pile poil au milieu de mon cadre, un morceau du glacier s’effondre s’explosant 120 m plus bas. On voit même les petits morceaux qui rebondissent les uns sur les autres dans des gerbes d’eau. Le tout dans un travelling uniforme de la prise de vue. J’aurais voulu le faire, je n’aurais pas pu !

C’est vrai qu’il y a une part de chance dans ces prises de vues, mais la facilité avec laquelle je peux faire décoller mon Bebop 2 et sa fiabilité fait que je tente chaque fois des prises de vues de plus en plus dur, au final cela paye, surtout quand la nature y rajoute sa part d’improvisation.

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Quelles modifications voudriez-vous voir sur le futur drone Parrot ?

 

Hum, dur question. Avec mon esprit ingénieur, j’ai parfois envie d’adapter tout mon entourage pas que le Bebop. Pour le Bebop 2, je crois que la fonction qui me serait le plus utile c’est une vidéo avec plus de piqué. La possibilité d’avoir une vision grand-angle pour le pilotage avec au milieu un champ plus réduit pour le film serait un plus pour le pilotage, mais aussi pour un cadrage impeccable.
Dans le cas d’utilisation “out of the box” j’aimerais aussi avoir la possibilité d’avoir une structure permettant le portage d’une autre caméra sur le ventre du Bebop 2
Les options tel que la “dernière position” connu du drone (en cas de crash inopiné) ou le travelling vertical en douceur sont des modifications que j’attendais avec impatience et qui sont arrivées avec les dernières mise à jour. Maintenant j’en suis ravis !
Peut-être quelques fonctions d’ergonomie dans la préparation d’un Flight Plan tel que la possibilité de faire un arc de cercle autour d’un point (comme si on avait une aile Disco) ou de modifier la vitesse et/ou l’altitude pour tout un plan de vol en un clic serait pratique.
Je regrette toutefois la disparition du mode Time-Lapse en pilotage manuel, car je l’utilisais très souvent pour la reconstruction en 3D d’iceberg. Elle n’est aujourd’hui présente que dans le Flight Plan et je trouve cela dommage.

 

As-tu déjà envisagé utiliser le drone dans le cadre de tes activités de recherches scientifiques ?

 

Non seulement j’ai envisagé d’utilisé le Bebop 2 pour de la recherche scientifique, mais je l’ai aussi fait ! Durant l’été 2017 nous avons fait une mission pour une université américaine qui consistait à reconstruire plusieurs icebergs en 3D grâce à des images prises depuis de nombreux points de vue différent.

On avait essayer en tournant autour de l’iceberg en bateau, mais rapidement il est devenu évident que le mieux, afin d’avoir vraiment chaque morceaux de l’iceberg reconstruit et aucun zone “d’ombre” était le drone. Nous avons survolé une dizaine d’iceberg plusieurs fois de suite, parfois avec quelques jours d’intervalle. La reconstruction a été plutôt efficace et avec un bon rendu. Les données sont en ce moment entrain d’être analysé.

Je travaille aussi sur des projets de reconstruction en 3D ou de vue cartographique (orthophoto) de forêt en France pour aider à la sylviculture (identification d’essence, évaluation de la hauteur des arbres, repérage des zones à régénération…). Pas toujours besoin d’avoir un drone pro pour faire des tests à l’échelle personnel.

En savoir plus sur Nolwenn.

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